📰 ÉDITO / Rentrée 2026
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Une nouvelle saison démarre, la 25eme pour notre Collectif, et ouais.
Et comme chaque année à cette période, nous pourrions nous contenter de vous annoncer nos dates, nos nouvelles créations, nos collaborations, nos actions culturelles....
Nous allons le faire, mais pas seulement.Â
Parce que cette rentrée-là ne ressemble à aucune autre, et que nous aurions mauvaise grâce à faire comme si de rien n'était.
Un contexte qui pèse
2026 aura été, pour tout le secteur du spectacle vivant, une année de vigilance et adaptation permanente. Gel puis dégel des crédits d'État pour des dizaines de structures à la veille du Festival d'Avignon, désengagement continu et radical des collectivités territoriales, budgets régionaux amputés de plusieurs dizaines de millions d'euros en deux ans, mobilisations, tribunes, appels à la grève à la rentrée : le secteur culturel a passé l'année à défendre, structure par structure, ce qui semblait pourtant acquis depuis longtemps.
Les syndicats professionnels parlent sans détour d'un risque de chômage massif pour les artistes et technicien·ne·s intermittent·e·s dans les mois qui viennent.
A noter que la Région Centre Val de Loire a augmenté son budget culturel de 5,8 % par rapport à 2025.
Nous sommes un collectif d'artistes et de techniciens qui vit, comme beaucoup d'autres compagnies indĂ©pendantes, de ce maillage fragile de soutiens publics — État, rĂ©gion, dĂ©partement, mĂ©tropole, ville — que la loi de finances 2026 a considĂ©rablement resserrĂ©.Â
Cette fragilisation ne se voit pas toujours sur scène.
Elle se voit dans les plannings qui se vident, dans les tournées qui s'annulent, dans les partenariats qu'il faut renégocier chaque saison à la baisse, dans la concurrence (économique) devenue presque féroce.
Les risques psychosociaux inhérents sont également des conséquences - moins visibles - á prendre en compte. Nous ne l'ignorons pas, et nous refusons de la banaliser.
Ce que le spectacle vivant continue d'apporter
C'est précisément dans ce climat qu'il nous semble utile de rappeler une évidence qu'on oublie parfois : quand une fanfare ou un brass band joue sur la place d'un village, quand un concert gratuit rassemble un quartier entier un soir d'été, quand un festival ouvre ses portes sans billet à payer, quelque chose se passe qui ne se mesure à aucune ligne budgétaire. Ces moments financés par les communes et les festivals restent, pour une très large part du public, la seule porte d'entrée vers la musique vivante — sans barrière d'argent, sans réservation, sans code vestimentaire.
C'est un service public de fait, rendu possible par l'argent public, et c'est un des rares espaces où des générations, des quartiers et des milieux sociaux différents se retrouvent physiquement au même endroit, pour la même chose.
C'est aussi, très concrètement, de l'emploi direct et indirect sur les territoires, de la création de richesses, de la vie dans des communes qui n'ont parfois que ça comme rendez-vous culturel dans l'année, et un point d'ancrage pour l'éducation artistique dans les écoles et les conservatoires — un travail de fond qui ne produit ses effets que sur plusieurs années, et qui est justement le premier fragilisé quand les budgets se resserrent.
Médiation, inclusion: un travail, pas un supplément d'âme
On le dit souvent en fin de dossier de subvention, presque par habitude : « actions de médiation », « publics éloignés », « inclusion ». Nous préférons le dire ici, en ouverture de saison, comme une conviction et non comme une case à cocher.
Aller jouer devant des publics qui ne poussent jamais la porte d'une salle de concert, adapter nos interventions aux écoles, aux structures médico-sociales, aux quartiers prioritaires, à un public en situation de handicap : ce n'est pas un supplément d'âme qu'on ajoute quand le budget le permet.
C'est un travail exigeant, qui demande du temps, de la formation, des moyens humains — et qui est justement le premier menacé quand tout devient plus tendu financièrement. Nous continuerons à le porter cette saison, avec les partenaires qui nous font encore confiance, et en le disant clairement: la médiation n'est pas un luxe, c'est une condition de la démocratisation culturelle qu'on nous demande par ailleurs de garantir.
Ce qu'on vous propose cette saison
Malgré ce contexte — ou plutôt à cause de lui — nous avons choisi de ne rien lâcher sur l'essentiel: la création, les tournées, les rendez-vous gratuits dans l'espace public, le travail avec les écoles et les conservatoires d'Indre-et-Loire et d'ailleurs, et l'ancrage territorial avec une collaboration avec la Ville de Monts en 2027, comme nous avions pu le faire avec Notre=Dame d'Oé ("une saison en Fanfare").
En attendant, sachez que nous serons là où nous avons toujours été : dans la rue, sur les scènes des festivals, dans les salles de classe, et dans les manifestations professionnelles où se joue, cette rentrée plus que jamais, l'avenir du secteur.
Merci de rester à nos côtés.
Le Collectif La Saugrenue